Kaibigan

Association d'aide et d'échange avec les habitants de bidonvilles aux Philippines

Manille, mégalopole en pleine métamorphose

UN PEU D'HISTOIRE...

Une perle éclatée

Le couvent San Agustin a été épargné par la bataille de 1945 : il est le seul bâtiment de Manille subsistant de l'ère espagnole

En 1571, cinquante ans après l'arrivée de Magellan aux Philippines, Miguel Lopez de Legazpi fonde la colonie espagnole de Manille. La ville devenait la tête de pont de l'entreprise de christianisation de l'Asie et allait connaitre durant les trois siècles de colonisation espagnole un essor démographique, économique et culturel constant. La première université d'Asie y fut fondée au 16° siècle.

Son rayonnement est tel qu'à la fin du 19° siècle on parle de "Manille, la perle de l'Orient". C'est probablement le point de vue des colons, bien installés dans "Intramuros", le coeur de la ville, tandis que les "Indios" s'établissaient le long du fleuve Pasig. Les Chinois, quant à eux sont parqués dans un ghetto. Toujours est-il que que Manille connait une époque de prospérité qui durera jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Sa vie culturelle, son dynamisme économique fondé sur le négoce avec la Chine en font un modèle de réussite coloniale.

La christianisation de la Chine et du Japon n'ont pas connu le succès escompté mais Manille donne aux Américains le goût de l'aventure coloniale asiatique à l'heure où les puissances européennes commencent à investir la Chine. C'est une des causes de la guerre hispano américaine de 1898. La "jolie petite guerre" se joue en cinq mois à Cuba et à Manille. Une fois la flotte espagnole coulée par les Américains, l'Espagne encaisse un chèque de 20 millions de dollars et cède les Philippines, Guam et Porto Rico aux vainqueurs. Tandis que la République Cubaine est décrétée, Manille et les Philippines sont l'objet d'une déshispanisation et d'une américanisation intensives.

Les conséquences en sont une réactivation du sentiment national dont le poète Rizal était devenu le symbole depuis son combat et son exécution par les Espagnols. La résistance s'organise autour d'Aguinaldo et d'autres rebelles que les Américains avaient armés contre les Espagnols. La guerre de libération est impitoyablement écrasée de 1899 à 1903. La répression est d'une cruauté inouïe et les victimes de massacres se comptent par dizaines de milliers (Incendie de Caloocan : 17.000 victimes, massacre de Balangiga, etc.).

Manille a connu une autre tragédie avec l'occupation japonaise de 1941 à 1945. L'invasion japonaise a été marquée par la "Marche de la Mort de Bataan" : 45.000 soldats majoritairement philippins meurent d'épuisement. Le Bataan day du 9 avril, jour férié, rappelle cet évènement. En 1945, la ville a été totalement détruite lors des combats de la libération et plus de 150.000 civils ont été tués par les bombes ou massacrés par les Japonais. Manille, ville martyre de la seconde guerre mondiale tout comme Varsovie, Dresde, Nankin,...

La reconstruction de la ville a été totalement anarchique. Depuis l'après guerre. Manille ne cesse de grandir jusqu'à devenir la 8° mégapole mondiale avec ses 20 millions d'Habitants. Le président Marcos a regroupé les communes limitrophes pour créer Metromanila en 1976. Manille a perdu sa splendeur et son patrimoine. Du passé il ne reste que les anciennes fortifications et de rares bâtiments. Elle reflète la réalité du pays avec ses contrastes extrêmes : un océan de pauvreté et des îlots de grande richesse. Chaque jour, des centaines de paysans quittent leurs terres infertiles dans l'espoir d'une vie meilleure et élargissent les centaines de bidonvilles qui abritent près de la moitié de la population.